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Soyez tous remerciés de ces contributions.
Henri Georges est décédé en 1960 mais nous tentons ici d'honorer sa mémoire.

Jeunesse

Henri Georges Trainson est né le 3 mai 1899 à La Haye Descartes (37) dans une famille d'ouvriers.

Mention de la naissance de Henri Georges TRAINSON dans les tables décennales de l'état-civil de Descartes
Sa fratrie l'accueillit un an après avoir perdu un frère, Paul, 9 mois.

Mention du décès de Paul TRAINSON dans les tables décennales de l'état-civil de Descartes

La famille compta en tout cinq enfants : une fille et quatre garçons.

Recensement de La Haye-Descartes 1901
Rue de Balesmes

Un autre décès frappa la famille en 1903 : Charles, le père, périt à la suite d'un accident de travail. Voir ci-dessous l'article qui relate les faits, extrait de La Dépêche du Centre et de l'Ouest du mardi 10 mars 1903. (archives personnelles)

Terrible accident - Un pénible accident qui s'est produit dans les conditions suivantes a fort ému les ouvriers de la papeterie. Le sieur Trainson, Charles, 40 ans, chauffeur, en voulant, vers 6 heures du soir, remplacer une lanterne, monta sur le couvercle du bassin d'alimentation des chaufferies. Le couvercle bascula et Trainson tomba dans l'eau bouillante. Il fut relevé immédiatement et malgré les soins qui lui furent prodigués il expira à 3 heures du matin.

Charles fut ébouillanté vif. Il survécut quelques heures mais décéda à domicile au petit matin du 9 mars, laissant son épouse Louise avec 4 enfants de 10 ans et moins.
Henri Georges avait alors 4 ans.

Lorsqu'il avait 15 ans, la Grande Guerre éclata. Son frère Alfred Edmond fut mobilisé avec le 66è régiment d'infanterie, 2ème compagnie. On retrouve ici un bout de ce qu'a vécu ce régiment en 1914. J'en présente des extraits en annexe.
Alfred Edmond laissera sa vie pour son pays. Il est décédé le 1er octobre 1914 à 22 ans (voir Annexe I - Le 66è régiment d'infanterie).

Je ne sais rien de la vie de la famille ensuite. J'imagine que de perdre un des siens dans des circonstances pareilles a eu des conséquences...
Alfred Edmond serait enterré à La Haye-Descartes.

Mari et père

En 1922, Henri Georges, 23 ans, épouse une fille de Dangé (86), à 10 km de La Haye-Descartes. Elle s'appelle Zéna Marie Gagneux, a 22 ans, et est issue d'une famille modeste, de 5 enfants. Elle aussi a perdu un frère, en 1909, lorsqu'elle avait 9 ans. Le jeune Adolphe, 11 ans, s'est tué en tombant d'un arbre.

Le couple a son premier enfant le 10 août 1924, c'est un fils : Raymond Claude né à Balesmes (37). Il sera suivi de Jean Roger, le 26 décembre 1926, né également à Balesmes.

Henri Georges était couvreur zingueur. En 1931 il trouva un emploi à 50 km à l'ouest de sa famille, il prit la succession d'un confrère. Il quitta donc le berceau familial pour s'installer à Avoine (37). C'est en lisant le journal à Descartes qu'il y a trouvé l'annonce de Monsieur Ragobert proposant la reprise de son affaire. Et Henri Georges la reprit.

Lucette Gisèle est née le 31 mai 1931 à Avoine.

Gisèle est née le 26 mai 1934 à Avoine

Et Robert "Bichon" en 1937.

Résistant

En 1939, la Seconde Guerre mondiale éclata. A partir de juin 1940, la France fut coupée en deux par la ligne de démarcation et Henri entra en résistance à Avoine (37).
De juin 1940 à 1942 Henri a assuré le passage en zone libre en les accompagnant jusqu'à la ligne de démarcation d'environ 200 évadés des camps de prisonniers. Pour la plupart d'entre eux, il s'agissait de les héberger chez lui, de leur fournir des effets civils qu'il prenait à Tours au Secours national, auprès de Monsieur Gernet, fusillé par la suite.
En 1941, sur les instructions du capitaine de gendarmerie Bouillié de Chinon, Henri a constitué chez lui un dépôt d'armes de guerre et d'explosifs. Il achète à ses frais 2000 cartouches de chasse qu'il distribue aux amis encore pourvus d'armes. La même année, il recueille un aviateur anglais descendu à Cherbourg et le fait passer en zone libre. Pour ce fait il sera félicité par une lettre du gouvernement anglais.
En 1942 et 1943, il recueille chez lui des évadés de camps de prisonniers et réfractaires et leur fournit la nourriture, le gîte et de faux papiers d'identité volés à la Kommandantur du Havre par un employé, fusillé par la suite. Il fournit aux réfractaires du STO plusieurs centaines de fausses cartes d'identité et de faux certificats de travail établis par lui-même. La gendarmerie de Chinon (adjudant chef Emeriau) connaissait ces faits. Il dirigeait ensuite tout ce monde vers la zone libre.
En juin 1942, un nommé Sachet, agent de la Gestapo, prospecta la région d'Avoine et de Chinon, se disant l'envoyé du général Laure en vue de la constitution d'un dépôt d'armes. Il essaya de faire parler Henri, qui prévint la gendarmerie. Ledit Sachet fut filé jusqu'à Tours par les gendarmes Carrat et Favreau, arrêté puis livré aux autorités judiciaires. 
En 1943, par l'intermédiaire de Monsieur Gernet (voir plus haut) il fait la connaissance de Marcel Le Minor et Robert Petit de Tours, membres du groupe Baobab. Il aide ce groupe en lui servant de boîte aux lettres, et dans la fourniture de cartes d'identité et de vêtements à des évadés, donnant des adresses de gens surs, etc. Lors de l'arrestation du groupe, il recueille chez lui messieurs Le Minor et Petit (voir plus haut), leur fournit de faux papiers, et leur permet d'échapper définitivement aux Allemands.
D'accord avec Monsieur Arnault, contrôleur des PTT à Chinon, arrêté par la suite puis disparu, il a fourni à des déserteurs de l'armée allemande (1 lorrain et 1 tchécoslovaque) des effets et des faux papiers.

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Autres faits marquants à traiter :
1939-1945 Seconde Guerre mondiale
1951 Citation et remise de la Croix de Guerre


Documents :
  • Acte de naissance de Paul - manque l'acte de décès
  • Acte de naissance de Henri Georges
Compléments à renseigner :
  • lieu de naissance de Robert Trainson
Documents/témoignages à éplucher : Où est mentionnée l'action de Henri Trainson :

--> Gendarmes de Touraine dans la Résistance, Jack Vivier, C.L.D., 1998
"Fin 40 et début 1941, à l'école de Cavalerie de Saumur, sont retenus prisonniers des Nord-Africains. Une organisation clandestine favorise leur évasion. Acheminés par Avoine, transportés le plus souvent par une voiture de la laiterie d'Avoine, de la maison Arceau, voiture que conduit M. Roger Bédut de Beaumont-en-Véron, ils sont pris en charge et approvisionnés par M. Trainson et conduits ensuite sur la ligne de démarcation. Les gendarmes très au courant du fait, non seulement ferment les yeux, mais encore donnent toutes indications pour faciliter leur passage."

Annexe I - Le 66è régiment d'infanterie

Le 5 août 1914, c’est le grand départ de Tours. [...]
Dans le lourd ciel d’été passent des effluves d'orage. [...]
Dans la cour du Lycée Descartes, le capitaine KLING présente le drapeau à son premier bataillon. « Mes enfants, voici votre drapeau ! C'est pour lui qu'il faudra vous faire casser la figure ! » Et tous, d'un même élan, avec un même cœur de s'écrier : « Oui ! » Serment d'un fol enthousiasme où chacun consent au sacrifice suprême pour le salut de son pays. Puis c'est le long cortège qui accompagne les bataillons jusqu'à la gare. Cortège des épouses et des fiancées qui, les cils mouillés, regardent longuement l'être qui leur est cher, comme pour en emporter une dernière image ; vieux parents courbés par l’age qui se hâtent pour suivre leur fils qui part pour la grande revanche et qui, une fois qu'il est disparu dans l'entrée de la gare, sombre comme une bouche de Moloch,
restent là, étonnés de se sentir si affreusement seuls dans cette foule inconnue.
Mais l’insouciance de la jeunesse et la gaieté de la race couvrent tout de leur bruit.
Au bout de chaque fusil est un bouquet de fleurs de France. Les gamins crient : « A Berlin ! » et les inscriptions à la craie serpentent le long des wagons à bestiaux qui vont transporter les soldats vers les champs de la gloire et de la mort.
Sens, Montargis, Troyes, Chaumont, Neufchâteau, Toul... Partout des femmes apportent des fleurs et des fruits et les donnent aux troupiers. Les longs convois de wagons grisâtres prennent un air de fête.

Chapitre II - La Lorraine - août 1914
Le 6, au soir, on débarque à Chavigny et à Maron, dans la Meurthe-et-Moselle, et on se rend à Falvigny, à 10 kilomètres au sud de Nancy. Là, dans ce coin lointain de la France, chacun sent se briser les fils mystérieux qui le relient à son foyer. Finies les larmes, finis les adieux ! On songe encore avec un serrement de cœur au petit mouchoir blanc qui s'agitait là-bas, si loin ... on est dans la main du Destin, avec une raison d’être : défendre les siens ...
Le 7, le régiment se porte en couverture derrière le 20e CA, puis à Dombasle.
Le 11, le corps d’armée va relever le 20e corps. Le régiment traverse Nancy. La vieille cité des ducs de Lorraine qui au cours de tant de guerres, fut la forteresse avancée de la France sur laquelle l’adversaire venait briser ses efforts, entend gronder le canon ennemi. Elle nous accueille comme des libérateurs. La chaleur est étouffante, les nuages de poussière aveuglent nos soldats. Chaque habitant, du plus riche au plus pauvre, donne ce qu’il a. Sur le cours Léopold, le boulevard Charles V et le pont de Malzéville, chacun accourt avec des bouteilles de vin, des cigares, du pain, des gâteaux. Sur le seuil d’une maison bourgeoise, une dame et ses filles tamponnent d’eau fraiche le front
ruisselant des soldats et, dans ce geste, mettent tant de douceur et de délicatesse, que la fatigue semble s’envoler sous le charme de ces mains de femmes. Le corps d'armée a pour mission de tenir sur 1e front de Sainte Geneviève – Serrière – Moivron.
Le 15 août, les 1er et 3e bataillons sont chargés d’enlever Nomény. Le 1er est en avant-garde. Il part de la ferme des Francs. Là, pour la première fois, nous avons un exemple de la barbarie teutonne. Quelques jours avant, les uhlans étaient venus et avaient tué à coups de revolver un enfant de 8 ans. Avant l'attaque, a lieu une dernière distribution de cartouches et, à cet instant solennel du baptême du feu, on regarde ces paquets de petites balles brillantes et on pense : « Je vais tuer des hommes ... » Un commandement bref et on s'élance. Le poste ennemi qui tenait le pont de la Seille s'enfuit à notre approche. On occupe le village après quelques coups de feu. Le maréchal-des-logis éclaireur LAVALETTE est tué en patrouillant aux abords du village.... C'est notre premier mort.
Les habitants nous appellent leurs sauveurs et sont fous de joie d'être arrachés à la griffe allemande. Les poilus du « Six-Six » se sentent pris d'affection pour ce petit village lorrain. C'est leur œuvre si le vieux drapeau tricolore de la mairie a repris sa place des jours de fête ; et puis, dans les yeux des habitants, brille une joie si sincère !
Le lendemain, la 2e compagnie refoule, au nord d'Eply, un parti de uhlan, en tuant deux et en blessant plusieurs. L'ennemi bombarde Clémery. Chacun a encore dans l'oreille le bruit de ces premiers obus, du frisson que produit ce bruissement sinistre qui emplit l'espace et se termine par un fracas.
Deux jours plus tard, le corps d’armée est relevé et s’achemine vers Nancy, où il doit embarquer. Mais le 3e bataillon est à peine parti, que voici le contre-ordre. « L’ennemi est à quelques kilomètres de Nancy et il faut l’arrêter ! »
Le 3e bataillon revient et le régiment, par marche de nuit, reprend ses emplacements (Clémery, Manoncourt, Civry). Du haut du mont Saint-Jean, nous voyons la vallée de la Seille. Un village brûle et les colonnes de fumée noire se tordent dans le ciel comme des bras suppliants. Un cri : « C’est Nomény ! » et le
cœur de chacun se serre en songeant au petit village si hospitalier que nous avions délivré et que l’envahisseur livre aux flammes.
Le colonel JANIN prend le commandement de la 35e brigade et le commandant MERCIER celui du régiment.
Le 23, le régiment est relevé et doit aller vers Varangéville, mais, le lendemain soir, un contre-ordre et l'on se met en route. Marche de nuit dont chacun se souvient. Déjà harrassés par l'effort fourni, les hommes sommeillent presque en marchant, la pensée absente. Ils se sentent comme des coquilles de noix entraînées par le torrent des événements et ces quelques jours d'épreuve ont déjà recouvert leur âme d'une patine de fatalisme.
On prend position dans le secteur Château – Tremblais – Saneuvelotte – Seichamps. Puis, le 25, le régiment participe au mouvement offensif de l’armée. Le bataillon KLING occupe Champenoux ; le bataillon RABUSSEAU, la lisière est de la forêt de Champenoux. Nous passons près d'une batterie ennemie qui, prise sous le feu d'une batterie du 33e d'artillerie, a été anéantie. Et, pour la première fois, nous voyons un champ de bataille. C'est le bois Morel. Là, parmi les troncs d'arbre égratignés par les balles, gisent des files entières de tirailleurs boches. Cadavres hideux qui sont là depuis plusieurs jours. Non encore accoutumés à ces spectacles brutaux, on évite de regarder ces faces
convulsées. Hélas ! dans les grands champs de blé, sur les pentes, gisent aussi bien des « pantalons rouges ». Pauvres camarades, fauchés dès le début, notre tâche sacrée est maintenant de vous venger, afin que sur votre tombe on ne remplace pas le mot de « martyr » par celui de « dupe » !
Deux jours plus tard, le commandant DE VILLANTROYS prend le commandement du régiment. C'est lui qui mènera notre « Six-Six » aux grands jours de la Marne et aux durs combats de Belgique. Tous se souviennent de sa figure amaigrie par la fatigue d'un labeur incessant et où les yeux, sous la broussaille des sourcils, jettent une flamme si énergique.
Le 2 septembre, les gros canons des forts de Metz bombardent les abords d’Erbévillers. Dans la nuit, éclatent des feux de salve lointains suivi d'une étrange clameur, sorte de plainte qui fait frissonner et qui se prolonge. C'est un bataillon ennemi qui, égaré, est venu se heurter à nos troupes, et qui, en colonne par quatre, sur la route, est fauché par les feux du 114e et du 125e.

CHAPITRE III - La bataille de la Marne
Le 5 septembre, marche de nuit et embarquement en chemin de fer. Notre train, arrivant en Champagne, nous voyons d'étranges convois sur toutes les routes. C'est le navrant exode des populations fuyant devant l'envahisseur. Cette foule bigarrée et pitoyable se traine sous un soleil de plomb ; des femmes poussent des voitures d'enfants dans lesquelles elles ont entassé quelques
hardes, et, les pieds sanglants, se hâtent, avec des marmots, qui s'accrochent à leur robe. Pour ces populations sédentaires, la perte de leur foyer est la pire des catastrophes. Sur le passage du train, tous lèvent des visages suppliants et crient : « Arrêtez-les ! Ils viennent ! » Nous n’en pouvons croire nos yeux, nous qui ignorons tout des évenements, qui supposons les frontières de la France inviolées. L'ennemi est au cœur de notre Patrie ! Près d’Arcis sur Aube, où nous débarquons, un cuirassier, couvert de poussière, s'écrie : « II y a six jours, nous étions à Charleroi, nous voilà ici ! » ; et chacun sent que l'horizon est noir et que l'heure du grand effort a sonné...
Le 6, nous débarquons, et le lendemain nous marchons sur Oeuvy, puis sur Connantray. On se sent gagné par la mélancolie de ces pauvres plaines de Champagne, où des landes incultes sont hérissées de petits bois de sapins.
Ce paysage de misère, et d'arbres funéraires convient à ces Champs Catalauniques dans lesquels l'effort des races latines a dû, à différentes reprises, au cours des âges, s'opposer aux hordes d'envahisseurs.
La nuit, on stationne dans ces bois, aux abords de la voie ferrée. Des éléments du 11e corps nous gardent en avant. Les hommes, écrasés de fatigue, sommeillent.
A trois heures et demie du matin, les régiments d'avant-postes sont culbutés par une nuée d'assaillants et l'ennemi tombe à l’improviste sur le 66e.
Souvenir tragique que cette aube du 8 septembre ! Les vagues d'assaut ennemies, s’infiltrant dans les bois, sont à 40 mètres, poussant des « hurrah ! » et soufflant dans leurs petits clairons au son sinistre. La lutte est sauvage. Dans les taillis, on s'éventre à la baïonnette, on se fusille à bout portant. L'Allemand vient de partout ; le bois s'emplit d'une immense clameur. Combien de soldats tombent là, sans nul témoin de leur fin héroïque !
Des groupes se forment, luttant jusqu'à la mort, sans céder un pouce de terrain. Vaillants îlots qui cherchent à endiguer la marée débordante des uniformes gris. Au régiment, les vieux poilus parlent souvent du sergent-major GUERRE et de l'adjudant FERDOR qui, ayant rallié des isolés, font former le carré, fauchant les vagues ennemies, puis s’ouvrent un passage à la baïonnette ; ils parlent aussi du lieutenant SCHOEL qui, avec ses mitrailleurs, tient plusieurs heures, amoncelant devant lui l'hécatombe.
Mais le régiment, mitraillé sur les trois faces, est sur le point d'être entouré ; déjà, des groupes ennemis se sont glissés derrière lui. II les culbute et se replie sur Oeuvy, en soutien des batteries d'artillerie qui couvrent la retraite. Il lui faut, pour cela, gravir « le glacis de la mort » après avoir traversé un ruisseau sous la fusillade, et beaucoup tombent là pour ne plus se relever.
Enfin, nous atteignons Gourgançon, que nous mettons en état de défense.
Et l'on se regarde comme si l'on était échappé de l'enfer...
L'ennemi, épuisé par l'âpre bataille, s'est arrêté. Mais on pense, avec une grande tritesse, à tous les braves cœurs qui ont cessé de battre : Le capitaine KLING, commandant le 1er bataillon, frappé d’une balle en pleine tête, les capitaines ROBIN et DE MEYNARD, le lieutenant DELALET, les sous-lieutenants SIOT, SEHER, DUFET et CHARTRAIN, les aide-majors DREUX et VETEAU.
Et les blessés reviennent en groupes douloureux : le commandant MERCIER, les capitaines FAVARD et GROSCLAUDE, les lieutenants ANDREANI, DE CAHUZAC, PIGEON et BROJAT, les sous-lieutenants NOURY, DU PLESSIS, CHAMPION, BOINVILLIERS et DORET. Le soir, 1287 hommes manquent à l’appel.
Le capitaine PAILLE, promu chef de bataillon, commande le 1er, le capitaine BOISSIER, le 2 e, et le commandant RABUSSEAU, le 3e bataillon.
Le 9, l'artillerie lourde ennemie nous harcèle. Nous nous replions sur Salon et nous fortifions à 1 kilomètre au sud de Gourgancon. A 16 heures, alerte ; les files de tirailleurs ennemis descendent vers le village, mais notre 75 veille et, en tir direct, en fait un carnage terrible.
Le 10, malgré la fatigue, on reprend l'offensive et, non sans apréhension, on entre dans les bois de sapins, à l'aspect hostile. Mais l’ennemi, serré dans l'énorme tenaille des contre-offensives, a disparu. Nous trouvons de nos blessés du 8 qui agonisent le long des talus, et leur râle nous est un souvenir affreux.
Mais c'est la marche en avant, et les soldats oublient la fatigue en songeant que chacun de leurs pas est un pas en terre de France reconquise et les « pantalons rouges » sont comme une floraison de coquelicots sur les plaines lointaines.
Le régiment est tête de la 35e brigade. Il atteint Haussimont, Vassimont, Bellevue, les Ancluzes et Saidron. L'ennemi s'enfuit toujours ; on prend à peine quelques heures de sommeil le long des routes, nous atteignons Chéniers et les faubourgs de Châlons-sur-Marne.
Il fait nuit et les villages qui brûlent au loin jettent des reflets rouges sur le ciel.
Le 12 septembre, nous traversons Châlons. Les gens sont abasourdis de notre arrivée. Ce flux et ce reflux d'Allemands dans leur tranquille cité champenoise les laisse effarés. Il semblent ne pas vouloir s'abandonner à la joie d'être délivrés, de peur de voir revenir les hordes de feldgrau.
Puis c'est Dampierre sur Temple, Cuprély, Saint Hilaire au Temple.
Le 13, nous dévalons les pentes du camp de Châlons, où le capitaine MILLOT est mortellement frappé d'un éclat d'obus, puis nous arrivons aux « Ouvrages blancs ». Le lendemain, à Baconnes. Nous appuyons l'attaque sur Moronvilliers, dont les crêtes s’estompent dans la brume, et parvenont à un kilomètre est de la ferme de Moscou. Au débouché des bois, l’adversaire, très fortement retranché, nous accueille par une fusillade intense.
Le 15 septembre, nous attaquons encore, sous le feu de l'artillerie qui écrase les bois d'obus de 210. Notre drapeau est lacéré par les éclats et le vent de Champagne emporte des fils de soie blanche et rouge. Le lieutenant DUBROCA est tué.
Nous commençons à nous enterrer ; timide début de cette terrible guerre de taupes, qui devait durer des années, et cadrer si peu avec les aspirations de notre tempérament.
Le 17, on progresse jusqu'aux lisières nord du bois carré. Dans la nuit, il faut prendre position pour arrêter l'ennemi qui débouche d’Aubérive, puis on réalise une avance jusqu’à un kilomètre de ce village.
Quelques jours, nous restons là, améliorant nos positions ; des bataillons vont tour à tour en réserve à Mourmelon ou dans la région de Thuisy.
Le 26, le 1er bataillon resté au sud d'Aubérive, repousse une très violente attaque ennemie. Puis c'est la relève et on va cantonner dans la région de Mesneux, petit village misérable construit en craie et en terre battue.


Alfred Edmond TRAINSON est décédé le 1er octobre à Mourmelon-le-Grand. Il avait 22 ans et n'a jamais revu sa famille.

Annexe II - La ligne de démarcation

La ligne de démarcation coupe la France en deux à compter du 25 juin 1940, mais va aussi couper le département d'Indre-et-Loire en deux zones selon un tracé qui au nord-est contourne Bléré, pour rejoindre Reignac, Dolus, Vou, Descartes, la Guerche et Yzeures-sur-Creuse. Le 1er mars 1943, la ligne est officiellement supprimée.

On peut lire dans Touraine 39-45 de Robert Vivier que la ligne de démarcation devait être une frontière étanche entre la zone libre et la zone occupée, mais qu'en réalité, certains points de passage étaient facile à franchir. Parfois cela se faisait alors même que les Allemands en avaient connaissance. D'autres fois, évidemment, les passages illégaux furent punis.
La règle fixée était que seuls les individus munis d'un laisser-passer (Ausweis) pouvaient passer d'une zone à l'autre. Ce sésame était accordé aux personnes qui étaient obligées de passer la ligne quotidiennement pour travailler. C'était donc une opportunité pour ceux qui voudraient franchir la ligne pour des raisons plus ou moins valables.
"Ces facilités furent vite connues et l'on vit venir des prisonniers de guerre du camp de Saumur amenés par des Saumurois ou des Chinonais, bénéficiant de la voiture de la laiterie d'Avoine." extrait de Touraine 39-45 de Robert Vivier.